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Édition 2021 – Les auteur.es

Cédric Herrou « Change ton monde », Ed. Les liens qui libèrent, 2020

Il sera accompagné de Marion Gachet-Dieuzeide avec qui ils ont créé la communauté paysanne Emmaüs Roya.

« J’étais perché sur ma montagne, avec mes poules et mes oliviers, quand le monde est subitement venu à moi. Des ombres remontaient à pied ma vallée de la Roya, entre l’Italie et la France, risquant leur vie. Au début, je détournais le regard. Puis, un jour, j’ai recueilli une famille, et ces ombres sont peu à peu devenues ma lumière. Elles fuyaient la guerre, la misère, la dictature, avaient croisé la mort dans le désert en Libye, échappé à la noyade en Méditerranée. De leur pas si déterminé, elles me questionnaient : faut-il rejeter l’autre parce qu’il est différent ? À partir de 2016, j’ai accueilli des milliers d’exilés. J’ai aidé ces voyageurs de l’ombre à poursuivre leur chemin et à obtenir des droits, mais je n’avais pas anticipé la violence d’État qui me frapperait en représailles. Notre action ne faisait pourtant que pallier ses renoncements. J’ai subi des gardes à vue, des procès, des perquisitions, des saisies. Le plus souvent, l’État était en tort et fut condamné. Des centaines de fois. Jusqu’à ce que le Conseil constitutionnel consacre le principe de fraternité, un progrès capital. Ces années ont changé ma vie. Citoyen lambda éloigné du militantisme, je ne suis pas un héros, juste un Herrou têtu et décidé, sans leçons à donner, à part celle-ci : avant de changer le monde, chaque citoyen a le pouvoir de changer le sien. »

Désirée et Alain Frappier « Le Temps des humbles – Chili 1970-1973 », Ed. Steinkis, 2020

Désirée Frappier est née à Paris en 1959. Alain Frappier est né à Gafsa en 1952. Dès leur première rencontre, en 1991, ils s’investissent dans des ouvrages communs où se mêlent écriture et illustration.

 

L’histoire se déroule au Chili. Soledad a quinze ans, Ricardo 18. C’est elle qui raconte. Lui est membre du Mir, mouvement de la gauche révolutionnaire, elle est membre d’une fratrie de neuf frères et sœurs issue d’un couple de paysans pauvres. Ils se rencontrent en août 1970 sur le campamento Rigoberto Zamora. Il est responsable de la toma, une occupation illégale de terrain sur laquelle se sont installées 360 familles dans l’espoir d’obtenir une maison. Elle fait partie des sin-casa, 60 000 familles vivant sous des tentes de fortune dans la périphérie de Santiago. Ils se marieront, auront deux enfants, s’impliqueront jour après jour dans les espoirs et les luttes de l’Unité populaire, mettant tout en œuvre pour défendre ce bref interstice conquis par les humbles. Leur histoire d’amour, portée par l’enthousiasme des mille jours de la présidence de Salvador Allende, prendra tragiquement fin avec elle.

Frédéric Arrou « AZF – Fragments du fracas », Ed. Le pas d’oiseau, 2021

 

À Toulouse, le 21 septembre 2001, l’usine AZF explose. L’onde de choc a soufflé les habitations dans un rayon de 6 km et son orientation a essentiellement touché « les quartiers », ceux que l’on écrit entre guillemets parce qu’on y trouve des immigrés, des pauvres, des illettrés et jusqu’à 45 % de chômage. Des gens démunis face aux documents revendiqués par des assureurs mesquins et les gestionnaires de la réhabilitation qui travaillent sur plan, dans la méconnaissance la plus parfaite du mode de vie de ces populations. En créant « l’Association des sinistrés du 21 septembre », Frédéric Arrou les a non seulement aidés, mais les a surtout restitués dans leur citoyenneté, dans leur dignité. Une saga sociale, une expérience humaine aussi, qu’il va poursuivre jusqu’au premier procès de l’industriel, en 2009. Dans AZF, fragments du fracas, Frédéric Arrou restitue des notes prises au fil de ses rencontres, de ses humeurs. De ses souvenirs aussi. Il peut être drôle, mordant, parfois cinglant. Toujours entier. Vingt ans après, ce livre témoigne de ce que peuvent faire les hommes de la vie, le pire comme le meilleur. Certains aident les faibles, d’autres écrasent les pauvres, d’autres encore essaient d’écouter et de comprendre. Le bilan d’AZF ne se réduit pas à une colonne de chiffres, il reste gravé dans la mémoire de tous, dans une ville qui n’avait alors qu’une hâte : oublier. Frédéric Arrou est né un 29 février, s’est marié un vendredi 13 et a pris sa retraite un 1er avril. Le genre de type qui peut jouer au loto, mais qui a choisi d’écrire pour témoigner et éviter que ne soit ensevelie « l’autre mémoire » de la catastrophe d’AZF, celle qui s’est jouée dans les coulisses des cabinets d’assurances, à la Préfecture, à la Mairie, et chez les avocats de l’industriel… soutenu par la CGT.

Magyd Cherfi « La part du Sarrasin », Ed. Actes Sud, 2020

 

Après avoir conquis sa “part de Gaulois” en devenant le premier bachelier de sa cité, Magyd Cherfi , alias “le Madge”, fi le s’établir en centre-ville avec un colocataire, débute pour de bon dans la musique et commence à écu mer avec son groupe les scènes campagnardes ou périphériques, mêlant textes engagés, poésie du quotidien et rock dévastateur. Dans cette France des années 1980 où le Front national bombe le torse, ses anciens potes du quartier se mobilisent pour rejoindre la grande Marche des beurs. Pour peu de temps encore, sur Mitterrand se porte l’attente d’un pays moins raciste. Mais le délit de faciès a de l’avenir, les coups pleuvent et le métissage est la pire des qualités. Chanter pour ceux de la cité – les Sarrasins – est aussi illusoire que demeurer soi-même dans l’inatteignable identité du made in France. Entre autodérision, gouaille et violence, un esprit libre cherche sa place et zigzague son chemin familier. À défaut d’une histoire nationale qui lui ressemble et le rassemble, le Madge fait chanter les mots, revit et restitue les années pré-Zebda, évoque tous les désirs et tous les malentendus, rencontre l’amour de sa vie et projette sur notre temps les images d’une jeunesse prise entre la peur, la colère et l’espérance.